Servir froid, la vengeance est meilleure glacée

Dans (Re)Lire, nos rédacteurs se penchent sur des œuvres qui ne sont pas des nouveautés, mais qui ont marqué la littérature. Qu’il s’agisse de succès intemporels ou d’ouvrages injustement méconnus, venez (re)découvrir ces pépites du passé à nos côtés.

Qu’elle soit romanesque comme dans Le comte de Monte Cristo, d’Alexandre Dumas, ou bien sanglante à la manière du Carrie de Stephen King, la vengeance à toujours été un sujet de prédilection chez les auteurs. Il n’y a qu’à voir la Bible, l’un des plus vieux livres du monde, qui contient plus de trente versets sur le sujet. Si la vengeance peut être le moteur du héros, elle est tout autant valide en tant que but de l’antagoniste. Mais parfois il arrive aussi que la vengeance rende floues les lignes entre bon et mauvais : Sang, vice et revanche, bienvenue dans Servir Froid de Joe Abercrombie.

« Je crois que vous ne racontez que de la merde, ce qui n’est pas une surprise vu que votre visage ressemble à un cul. Vous, les nabots, vous êtes tous les mêmes. Vous essayer toujours de prouver à quel point vous êtes intelligents pour vous sentir fier. Mais peu importe combien de fois vous vous foutez de moi, j’ai déjà gagné. Vous ne serez jamais grand. »

Servir Froid, Joe Abercrombie, éditions Bragelonne

Bienvenue en Styrie

La guerre est un enfer, mais c’est aussi un gagne-pain pour certains, comme Monza Murcatto, la plus célèbre et redoutée des mercenaires au service du grand-duc Orso. Ses victoires l’ont rendue très populaire… trop, même, au goût de ses employeurs. Trahie, jetée du haut d’une montagne et laissée pour morte, Monza se voit offrir en guise de récompense un corps brisé et une insatiable soif de vengeance.
Quoi qu’il lui en coûte, sept hommes devront mourir.
Elle aura pour alliés un soûlard des moins fiables, le plus fourbe des empoisonneurs, un meurtrier obsédé par les nombres et un barbare décidé à se racheter une conscience.

La noirceur

Dès le départ, il est difficile de classer Servir Froid dans une catégorie. S’il se présente comme un roman de fantasy, son univers politique viscéral et la noirceur de ses protagonistes en font, à l’instar du Trône de Fer, un livre qui réduit la magie et le surnaturel au minimum pour mettre en avant le suspense et la violence crue de son univers. Une violence à l’image de son héroïne, Monza Murcatto, surnommée le serpent de Tallins, la plus célèbre mercenaire de toute la Styrie. Pourtant au sommet de la gloire, elle se retrouve trahie, battue et laissée pour morte. Ivre de vengeance, elle réunit un groupe d’experts hétéroclites, afin de faire payer ceux qui l’ont mis dans cet état.

Les conséquences de la vengeance

Le roman jongle astucieusement avec cet aspect « casse et espionnage » façon Mission Impossible ou Ocean’s eleven, et l’univers médiéval-fantasy épique dans lequel il se range. L’histoire se concentre d’abord sur cette équipe de spécialistes, adoptant tour à tour leur point de vue et détaillant leurs intérêts personnels à rejoindre la quête de vengeance de Monza. Petit à petit, une sensation d’inconfort gagne le lecteur, car si l’objectif de notre héroïne est justifié, les conséquences de ses actes sont de plus en plus contestables. On se retrouve partagé entre l’envie de la voir réussir et la peur de découvrir dans quels sombres travers ses actions plongeront ses acolytes. Le livre nous prévient pourtant à plusieurs reprises : Le serpent de Tallins envenime tout ce qu’elle touche.

La lecture de Servir Froid ne laisse pas indifférent. Malgré une révélation finale qui tombe un peu à plat, on en ressort haletant, fasciné, à la fois curieux et horrifié. Ses 667 pages glissent avec une agréable facilité, grâce à la fluidité de son écriture. Avec son univers sanglant, cru, qui ne mâche jamais ses mots, même quand il s’agit de parler de sexe ou de torture, Joe Abercrombie a su nous délivrer l’un des meilleurs récits de suspense au sujet de la trahison, et illustre avec brio ses conséquences sur l’âme humaine.

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