C’est avec une certaine surprise que nous avons appris la sortie prévue le 4 décembre de la bande dessinée Les Alpes de Loustal au fil de l’autoroute, un album qui promet « Une élégante invitation au voyage dans les Alpes sous le trait de Jacques de Loustal ». Curieusement, malgré le thème affiché, ni voiture ni autoroute sur la couverture, mais un vélo et des paysages champêtres. L’œuvre nous est décrite comme suit par l’éditeur : « Les kilomètres de l’autoroute défilent sous les roues de l’automobile. Et très vite, l’œil est attiré par les panneaux ocre et brun plantés sur le bas-côté de la chaussée. Ces panneaux happent le regard du voyageur : ils prennent l’automobiliste par la main, pour l’inviter à découvrir les paysages et le patrimoine de ces Alpes qu’il est en train de sillonner. »
Pourtant, sous cette description flatteuse se cache un album commandé au dessinateur Jacques de Loustal par la société autoroutière APRR, filiale d’Eiffage, qui se paie ici une belle campagne de greenwashing !
Il n’a pas fallu attendre l’arrivée dans le débat public des questions environnementales pour que les autoroutes soient un sujet de controverse, mais on peut tout de même souligner l’ironie du projet quand on sait que le trafic routier est l’une des principales sources d’émissions de gaz à effet de serre. La circulation sur un kilomètre d’autoroute « produit » chaque année plusieurs kilogrammes d’hydrocarbures et de métaux lourds et près d’une tonne de particules diverses.
La société n’en est pourtant pas à son coup d’essai et multiplie les campagnes de communication autour de ses projets « verts » et de son engagement envers l’environnement. Dans les coulisses, ces projets, financés avec l’argent du contribuable, ne sont pas ou seulement en partie menés à bien, et ne compensent nullement le désastre environnemental dû à la bétonisation. Eiffage ne fait pas mieux d’un point de vue humain, loin de là, expulsion pour la construction de centrales à bitumes, exploitation des populations et des territoires en Afrique et Amérique du Sud… la liste fait froid dans le dos. Aussi, si ce beau livre nous invite à découvrir, ou redécouvrir, les sites emblématiques de l’Isère, de la Savoie et de la Haute-Savoie, l’une des plus belles régions de France, on ne peut s’empêcher de voir, en filigrane, les paysages déjà défigurés par la bétonisation effrénée qui s’exerce dans l’hexagone.
Si l’on veut pousser l’ironie, on pourra placer cet album aux côtés de celui du GIEC, Horizons climatiques, du même éditeur, en attendant, pour découvrir les environnements naturels de la région Rhône-Alpes et d’ailleurs, on vous conseille plutôt Demain, la montagne ou encore Alpes, calligraphies sauvages, également publiés chez Glénat.