Le premier tome de Malaria colorès représente un aboutissement et un nouveau départ pour l’auteur Drake Manakete. Ancré dans le genre de la fantasy steampunk, le livre rappelle les meilleures heures littéraires d’Harry Potter et de Fils-des-Brumes. Dans un monde postapocalyptique, la malaria colorès a provoqué des chutes d’empires, l’augmentation des discriminations, l’ère des couleurs, l’éclosion des métamorphoses et des magies. Gentleman-espion et autrefois agent double pour l’Empire des Sucreries et l’Empire Rouge, deux pays en conflit larvé, Nicolaï Baskerville se dirige vers la Suisse, seul territoire neutre d’une Europe déchirée en pleine guerre froide. Mais comment franchir le dôme magique qui protège la Suisse des menaces extérieures ? Un dôme protecteur, mais aussi symbole d’opinions extrêmes.
« Nous récoltons toujours ce que nous semons. Et le problème avec toi, Nicolaï, c’est que tu as beaucoup semé. »
Le secret de la magie
Dans un monde où la vapeur est la principale source d’énergie, la malaria colorès a fait des ravages, provoquant l’ère des couleurs. Même après l’apocalypse et avec une peau colorée, les humains restent les mêmes. En Suisse, Nicolaï Baskerville n’a pas le temps de se reposer et se voit embauché dans la prestigieuse école de Génévia au poste de concierge ! Quand son passé refait surface et qu’il se retrouve, bien malgré lui, encore une fois emporté dans un conflit d’envergure, il comprend que ses véritables problèmes ne font que commencer. Le métier de concierge n’est jamais de tout repos !
La persistance des discriminations
Comme le dit si bien le résumé, les humains ont gardé leurs défauts, et ce, même après une apocalypse : la peur de la différence provoque l’étroitesse d’esprit, des violences et des logiques dangereuses. Que ce soit des discriminations à l’intérieur des écoles, entre les classes dirigeantes et le peuple, la pandémie mondiale de la malaria colorès a changé le monde de façon drastique, mais a aussi perpétué les instincts les plus vils de l’humanité.
Le livre nous plonge in medias res – directement au cœur de l’action – Nicolaï est ainsi poursuivi par un des plus féroces exécuteurs de l’impératrice de l’Empire des Sucreries, des États-Unis uchroniques gravement touchés par la malaria colorès et qui ont étendu leur domination, tout comme l’Empire Rouge/Russe. De peau bleue, Nicolaï ne se définit pas par sa couleur, mais qu’importe, il n’est pas à l’abri des jugements hâtifs et des raccourcis.
Uchronie et pandémie mondiale
Ce livre étonne par sa manière de jouer avec notre imaginaire et notre réalité géopolitique. En rappelant l’histoire de Vin sur Scadrial (L’Empire ultime, par Brandon Sanderson), l’échappée de Nicolaï capte l’attention dès ses premiers flash-back et l’amorce de la chasse à l’homme dont il est victime. Une maladie qui a touché principalement les adultes, la malaria colorès a provoqué l’ère des couleurs. Découverts à Babel, en Irak, les symptômes visibles sont une rapide coloration de la peau sur un spectre bien défini de l’arc-en-ciel. « Une évolution de la génétique ? La punition d’un dieu ? L’influence d’un corps étranger ? » Drake Manakete excelle dans l’exposition et l’action, au sein d’une narration prenante et très bien menée.
Inaugurant de la plus belle des façons la collection Aventures de Cordes de Lune éditions, Malaria colorès m’a donné envie de lire la suite et me fait dire que les fictions et les littératures de l’imaginaire sont décidément plurivoques et permettent de multiples lectures et interprétations. Drake Manakete nous prévient : il ne s’arrêtera jamais d’écrire. Et c’est une très bonne nouvelle !