Il est temps de quitter le royaume de Lys pour découvrir la froide contrée d’Arnor. Cette fois-ci, le collectif Lewelyn nous emmène à la rencontre du peuple des ours, les plus farouches guerriers des 5 Terres. Le cycle précédent s’achevait sur l’alliance entre la reine des félins, Astrelia, et le matriarcat des primates. Une alliance immédiatement troublée par l’attaque surprise du clan de la Griffe. Comme dans les précédents tomes, le scénario emporte le lecteur grâce à son souci du détail et ses rebondissements, à tel point qu’il a été impossible de lever le nez de cet album avant sa dernière case !
« Tu te rends compte, petit frère ? Nous autres, la famille Keram, nous serons bientôt les maîtres des cinq terres ! »
Harin du clan de la Griffe, Les 5 Terres tome 13 : Rester Vivants, éditions Delcourt
À l’assaut d’Angleon
Pendant que la flotte menée par Khalden, le fils aîné du roi Rinzem, fonce en direction de Lys et de la reine Astrelia, une seconde armada se dirige vers Angleon pour prendre l’île des félins d’assaut. Pour mener à bien l’attaque, le souverain a réuni tous les clans d’Arnor, ainsi que des mercenaires chiens et des guerriers du peuple loup, mais le cœur de l’attaque sera mené par la Pointe, l’élite de l’armée. Six ours, un chien et un loup sous l’autorité du capitaine Drun, du clan de la Montagne. Parmi eux, il y a Tenrir, un vétéran désabusé, Monka, un jeune soldat à l’optimisme débordant, Volk, son binôme et protecteur loup, mais aussi Oddei, une guerrière cynique à l’humour mordant. Pendant qu’ils affrontent l’armée féline, c’est Harin, la fille de Rinzem, qui a la charge de gouverner Arnor. À ses côtés, le jeune Genkin, récemment libéré de son statut d’otage d’Angleon, a bien du mal à s’acclimater à son pays d’origine. Lui qui se sentait déjà différent des autres ours, à cause de sa passion pour l’art et de son tempérament calme, constate désormais le fossé qui le sépare de son peuple à la culture martiale. Pourtant, c’est peut-être bien sa tempérance qui pourrait le sauver, car à Arnor, la révolte des loups, depuis longtemps relégués au rang de peuple inférieur par les ours, gronde.
Tension dramatique
Pas de doutes, nous sommes face au talent de Lewelyn et Jérôme Lereculey. On retrouve immédiatement la mise en case dynamique, le dessin caractéristique et cette manière de scénariser l’action typique du collectif. Sans surprise, nous sommes rapidement happés par cette suite, qui joue habilement avec nos frustrations de lecteurs : qu’est-il arrivé à la reine Astrelia ? Que se passe-t-il du côté des autres personnages ? Ceux que nous avons laissés à Lys, mais aussi les autres otages retournés vers leurs terres d’origine. Rien ne nous sera révélé !
À la manière d’un Georges R. R. Martin ou d’un Herik Hanna, les scénaristes de Lewelyn excellent dans l’art de faire monter la tension dramatique, de nourrir nos espoirs de lecteurs et de nous achever avec un événement ou un dialogue d’une cruauté sans pareille ! Quand la mort frappe dans Les 5 Terres, aucun deus ex machina ne vient l’en empêcher.
Toute la cruauté de la guerre
À travers ce conflit entre animaux anthropomorphes, c’est bien les vices des humains qui sont passés au crible. Cette fois-ci, en singeant les peuples scandinaves du XIe siècle avec ses ours, Les 5 Terres met en scène toute la violence et la cruauté de la guerre. D’abord du côté des soldats, bien sûr, mais sans oublier le peuple, à qui échappent les enjeux et les réalités des manigances politiques de son gouvernement et qui en subit de plein fouet les conséquences. Ce tome 13 nous rappelle une importante leçon : bien souvent, il n’y a pas de gentils dans un conflit, simplement des nations dont les intérêts divergent. Si la monarchie des lions pouvait nous sembler cruelle et abusive, on s’aperçoit vite que celle des ours n’est guère meilleure. Les 5 Terres rejoue ainsi la triste histoire de l’humanité, où des oppresseurs viennent en remplacer d’autres.
Rester vivants, c’est le titre du premier tome de ce nouveau cycle. Un titre qui n’aurait pu être mieux choisi, tant il met ses personnages à rude épreuve. Comme toujours dans Les 5 Terres, la trahison, la vengeance et les secrets viennent rythmer un scénario épique aux rebondissements haletants. Du grand art dont on attend fébrilement la suite, à la fois fascinés par son talent pour nous surprendre et inquiets à l’idée de ce que vont devoir subir les personnages.