Est-il encore nécessaire de présenter Robin Hobb ? De son vrai nom Margaret Astrid Lindholm Ogden, il s’agit d’une autrice américaine connue pour ses romans de médiéval-fantasy. En 2021, elle reçoit le prix grand maître décerné lors de la World Fantasy Convention pour l’ensemble de son œuvre. Le cycle de L’Assassin royal est sans doute sa saga la plus célèbre, si elle a déjà connu une adaptation en bande dessinée chez les éditions Soleil en 2008, elle revient aujourd’hui sous la plume de Ryan Kelly, dans la collection Urban Blast.
« Je souffrais par-dessus tout de la solitude. Car dans cet immense château, je ne percevais personne comme un ami. Personne à part les bêtes dont Burrich m’avait interdit d’approcher. »
À l’âge de six ans, Fitz, fils illégitime du prince Chevalerie et d’une paysanne, est abandonné au château par son grand-père maternel, qui refuse de s’occuper de lui plus longtemps. Il est d’abord confié à Burrich, maître des écuries royales et proche du prince, mais l’existence de ce bâtard au sang noble pousse Chevalerie à abdiquer et à fuir pour éviter une crise diplomatique. Fitz grandira donc sans père, mais deviendra le pupille du roi, son grand-père, Subtil Loinvoyant.
Au royaume des Six-Duchés, les lignées royales sont les seules à maîtriser l’Art, une magie puissante et rare, mais Fitz possède également le don du Vif, considéré comme de la sorcellerie et qui lui octroie un lien privilégié avec les animaux. Ce don pourrait pourtant s’avérer bien utile à la cour, où intrigues et manigances sont légion, et où Fitz est formé en secret à devenir un tueur au service de la royauté, un assassin royal.
Une adaptation réussie
On constate dès les premières pages que les dessins de Ryan Kelly et la mise en couleurs de Jordie Bellaire collent parfaitement à l’ambiance de L’Assassin royal. L’artiste s’est particulièrement appliqué pour faire ressortir la paternité des personnages, si importante dans un univers où la filiation est reine. L’adaptation est aussi réussie grâce à son découpage très clair et sa mise en scène dynamique. Les couleurs rendent parfaitement les ambiances froides et grises de la ville basse, par opposition aux tons chaleureux du château des Loinvoyant. Le comic ne lisse pas non plus les physiques, les visages et les émotions : les faces grêlées, la colère qui déforme les traits, donnent toute leur humanité aux protagonistes. La manière de représenter la magie de l’Art et du Vif, avec des couleurs opposées et une représentation stylisée de leur caractère muet, fonctionne également très bien.
Les 136 pages de ce premier tome permettent d’introduire l’univers et de narrer toute l’enfance de Fitz, jusqu’à sa prise de conscience des intrigues et manigances de la cour et du destin qu’on lui réserve. Pour ceux qui connaissent déjà l’histoire écrite par Robin Hobb, il constitue une excellente manière de se replonger dans son univers et pour les autres c’est là un moyen tout à fait fidèle à l’œuvre originale de s’y essayer.
Cette nouvelle mouture d’une œuvre culte, sans trahir le matériau d’origine, propose une interprétation condensée mais fidèle de L’Assassin royal. Avec une ambiance impeccable, des dessins parfaitement adaptés, qui font la part belle aux émotions et à l’action, ce comic est une très belle manière de se (re)mettre au travail de Robin Hobb. Vivement le tome 2 !